Le Gravettien et ses représentations féminines

Par Laurent KLARIC, chargé de recherche au CNRS.

Documenté à une échelle continentale, de la Péninsule ibérique jusqu’au berges du Don, le Gravettien (ca. 34-27 000 ans calibré avant le présent) est l’une des grandes cultures archéologiques plurimillénaires du Paléolithique supérieur européen attribuées à l’Homme moderne. Si ce sont d’abord ses industries lithiques, et notamment les fameuses « pointes de la Gravette » du gisement éponyme en Dordogne, qui ont servi de base à sa définition d’un point de vue archéologique, il est aujourd’hui démontré que d’autres traits culturels très marquants sont emblématiques de cette vaste culture mosaïque pan-européenne qui précède le Dernier Maximum Glaciaire. Ainsi, ses outils diversifiés sur matières dures animale, son art pariétal (comme à Cussac ou Pech-Merle) ou encore ses sépultures (Cro-Magnon, Cussac, Balzi Rossi, etc.) constituent autant d’éléments remarquables qui contrastent avec la culture de l’Aurignacien qui la précède. Mais peut-être davantage que tous ces traits particuliers, le Gravettien est surtout connu pour ses figurations féminines, les célèbres « Vénus » comme la Dame de Brassempouy, la Vénus de Lespugue, la Vénus à la corne de Laussel ou encore, tout récemment, les nouvelles découvertes des Vénus de Renancourt (Hauts de France). Depuis plus d’un siècle ces représentations féminines font l’objet de nombreuses études et discussions dans bien des domaines, débordant largement le cadre de l’archéologie préhistorique et leur interprétation reste un formidable sujet de réflexion. Cette conférence proposera un rapide panorama de l’état actuel des connaissances sur le Gravettien en France en mettant particulièrement l’accent sur plusieurs découvertes récentes avant de revenir sur l’histoire des découvertes des Vénus de Tursac et de Laussel qui sont à même d’apporter de nouvelles pistes de réflexions sur les contextes dont elles sont issues.

Préhistorien au laboratoire TEMPS du CNRS, Laurent Klaric est spécialiste de la technologie de la pierre taillée et travaille principalement sur les systèmes techniques des industries lithiques du Gravettien. Il s’est aussi intéressé à l’Holocène et a travaillé sur la période archaïque du Sud Pérou ou sur le Néolithique de Slovaquie. Ses recherches sur la diversité du Gravettien européen l’ont amené à diriger la fouille du site de la Picardie en Région centre et à participer à des fouilles ou à des travaux en Belgique, au Portugal, en Russie, en République Tchèque et en Slovaquie. À travers différents projets il explore cinq thématiques : la caractérisation des méthodes et techniques de taille ; l’étude des paramètres de variabilité des industries lithiques ; les questions de chronologie et  de mosaïque culturelle du Gravettien ; l’apprentissage et la transmission des méthodes de taille, et la taphonomie et l’histoire des sites archéologiques. Depuis 2015, il s’intéresse aussi plus particulièrement aux contextes archéologiques des représentations féminines gravettiennes.